La différence entre l’arabe standard et les dialectes

Je viens d’avoir une discussion avec quelqu’un qui m’annonçait

– J’ai pris la méthode Assimil pour apprendre l’arabe

– C’est bien, je la trouve un peu dure au début, leur système de transcription n’est pas clair

– Ah mais j’apprends juste phonétiquement, c’est plus facile

– Oui, mais si tu veux vraiment apprendre l’arabe, il faut apprendre à lire et écrire

– Non mais c’est juste pour pouvoir parler avec les gens

– Ah bon, alors tu as pris l’Assimil sur le dialectal marocain ?

– Non, pourquoi ?

– Parce que la moitié de ce que disent les gens dans la rue n’a rien à voir avec le standard

 

Gros soupir de découragement en face …

Il y avait là, à mon avis, deux erreurs :

Apprendre phonétiquement

Il est totalement impossible de « bien » apprendre phonétiquement l’arabe avec un livre imprimé.

D’abord parce que n’importe quel système de retranscription est approximatif. On utilise le plus souvent des lettres de l’alphabet latin, qu’on « modifie » avec des points, des majuscules ou des accents circonflexes, pour rendre compte de l’emphase, du coup de glotte de la hamza…. ce code est à apprendre entièrement, et ne peut pas rendre compte de toute la complexité de l’alphabet arabe, avec les signes diacritiques, qui marquent les voyelles courtes, les tanwins, le soukoun.

Bref, on apprend un « code » pour en remplacer un autre. Et ce code induit en erreur, parce que, à moins d’être un linguiste chevronné, on associe automatiquement aux lettres latines la façon qu’on a de les prononcer.

C’est vrai qu’apprendre à lire l’arabe prend une à deux semaines, mais ça permet de très bien démarrer. Et surtout, ça permet de compenser les déficiences de l’oreille. Parce que, au début, on n’entend pas vraiment certaines lettres, certains sons. « Voir » au moins la lettre permet de mémoriser que tel mot s’écrit de telle façon, et que, par exemple,   n’est pas  .

Et puis, si on veut approfondir, alors la lecture des lettres est indispensable. Et on se retrouve à devoir « désapprendre » quelque chose. Autant faire bien d’un seul coup.

Classe d'une école primaire au Maroc
Dans une école marocaine, des enfants apprennent l’arabe standard

Apprendre un dialecte

Là ça se discute plus. Si son besoin premier est de communiquer avec les gens, et qu’on sait déjà qu’on ne voudra jamais savoir lire un journal ou comprendre une émission à la télévision, on peut s’en tenir à un dialecte.

Il faut comprendre que l’arabe standard est une sorte d’équivalent moderne du latin de la Renaissance, sauf qu’il est parlé par beaucoup plus de monde que les lettrés de l’époque.

Les différents dialectes, dont le dialecte Maghrebin, qu’on appelle la darija, en sont assez éloigné. Un arabe qui est allé à l’école maitrise sa langue maternelle et l’arabe standard. Il peut lui être un peu plus difficile de s’exprimer en standard, mais il arrive à le faire.

En revanche, commencer par le dialecte, c’est commencer par apprendre, par exemple « jouge » au lieu de « ithnan » pour dire deux.

Déjà qu’un marocain qui parle l’arabe standard aura tendance à prononcer « itnan » (mais rappelez vous, le ت  est légèrement sifflant !)

On n’est pas avec l’arabe au même point qu’avec le chinois, où des langues totalement différentes sont écrites avec les mêmes idéogrammes (quoique, pas loin, puisque le persan est une langue différente, écrite avec l’alphabet arabe), mais il y a de profondes différences de prononciation et de vocabulaire entre « le » standard et « un » dialecte.

Un peu comme entre le français et le ch’ti.

Se couper de l’écrit

L’arabe est une très belle langue, c’est une langue de poésie, c’est une langue qui et intimement liée à l’écrit, au livre et au Livre. Débuter avec quelques phrases apprises à la va vite, oui, pourquoi pas ? Mais envisager d’apprendre plus de quelques dialogues en « phonétique » , en fait, rend l’apprentissage beaucoup beaucoup plus difficile !

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